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Pierluigi da Palestrina : Impropères du Vendredi Saint
Alessandro Scarlatti : Passion selon Saint Jean
Gregorio Allegri : Miserere
Vincent Lièvre-Picard, Testo
Alain Buet, Jésus
Les Musiciens du Paradis
Maîtrise de Caen
Priscilia Valdazo, assistante
Olivier Opdebeeck, direction
Les compositeurs & leurs œuvres
Notre programme réunit 3 pièces mythiques qui ont vu le jour à Rome et sont entrées dans l’histoire de la musique.
Les Impropères du Vendredi Saint comptent parmi les œuvres les plus étonnantes de Palestrina. Non par leur complexité. Il s’agit en fait d’un faux-bourdon (c’est-à-dire une mélodie harmonisée très simplement à plusieurs voix). Mais plutôt par la force du texte, et la puissance du dispositif. Les chœur est divisé en trois groupes : le premier chœur chante les refrains avec une obstination lancinante : « mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi ! » ; le second chœur compare sur le style du récitatif les bienfait de Dieu, comparé aux iniquités des hommes. Dans le dernier couplet par exemple, « je t’ai exalté avec beaucoup de force, et toi, tu m’a pendu à la potence de la croix » ; enfin, un récitant questionne lui aussi le fidèle sur le mode du plain-chant. Cette pièce très particulière nous est connue grâce à l’un des rares manuscrits de Palestrina qui nous est conservé. Elle fut très probablement interprétée pour la première fois par la Chapelle Giulia (chapelle privée du pape) au cours de la semaine sainte en 1573. Grâce à ce manuscrit, on connaît le nom des chanteurs qui ont participé à la création. Il s’agissait évidemment d’hommes, puisque la Chapelle utilisait des castrats.
Gregorio Allegri, prêtre entré à la chapelle papale en 1628, écrivit son Miserere vers 1638, pour remplacer celui d’un de ses prédécesseurs. Si l’on regarde le manuscrit conservé à la chapelle vaticane, on ne comprend pas très bien le pourquoi de sa célébrité. Le renom de l’œuvre provient en fait des embellissements ajoutés au fil des années par plusieurs générations de chanteurs, dont le célèbre contre-ut chanté par un soliste. Les chanteurs se transmettaient ces variantes de génération en génération. Le Miserere resta la propriété exclusive de la Chapelle pendant des décennies. Tout chanteur le communiquant à une personne extérieure était menacée d’excommunication par le Pape lui-même. Cela perdura jusqu’à ce qu’un anglais, historien de la musique, Charles Burney, ne parvienne à s’en procurer une copie (probablement en soudoyant un chanteur) et ne la publie en annexe de son Histoire de la musique en 1771. Trois musiciens au moins parvinrent aussi à contourner l’interdit en notant de mémoire la célèbre partition : Mozart en 1770, Spohr en 1817 et Mendelssohn en 1831.
La pièce la plus importante a été composée par Alessandro Scarlatti. Né en Sicile, la légende veut qu'il ait été un élève de Giacomo Carissimi à Rome. La représentation à Rome de son opéra Gli Equivoci nell’amore (1679) lui amena la protection de la reine Christine de Suède (qui vivait à cette époque à Rome), et il en devint le Maître de Chapelle. Sa carrière se divise ensuite entre Naples et Rome en fonction des opportunités et des protections. La Passion selon Saint Jean est une œuvre unique, car il s’agit d’une des rares passions catholiques de l’histoire de la musique. Scarlatti reprend la structure que nous connaissons bien : l’histoire est racontée par un évangéliste (testo) entouré de Jésus et d’autres personnages. Le chœur interprète la foule. Au début du XXe siècle, disait son admiration pour cette œuvre : « nous connaissons de lui une Passion selon Saint Jean qui est un petit chef-d’œuvre de grâce primitive, où la façon d’écrire les chœurs a la couleur d’or pâle, qui cernait si joliment le profil des vierges que l’on voit aux fresques du temps. C’est beaucoup moins fatiguant que L’Or du Rhin, et l’émotion apaisée qui s’en dégage est doucement réconfortante. »
![]() | Dernière mise à jour : 18/08/2009 |